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En effet, ceux qui s'attendent à une énième version des Feuilles mortes ou Barbara seront déçus, car ce n'est pas le poète,sentimental, voire anecdotique connu de tous qui intéresse Guidoni mais le Prévert le plus méconnu,celui des débuts, dans la veine plus surréaliste que "réalisme poétique", celui du groupe Octobre dont il avait déja repris Vie de famille en 1989 au théâtre de l'Européen.En grand fan de Marianne Oswald, Jean Guidoni reprend les classiques de noirceur sociale de cette dernière : A la belle étoile, toute seule ou La grasse matinée sur la détresse de l'homme qui a faim.
Avec l'accord d'Eugénie Prévert, petite fille de l'auteur, il a fait aussi mettre en musique six inédits par Thierry Esaich, Fabrice Ravel-Chapuis (qui signe les superbes arrangements sur scène) et Juliette (pour Dans ma rue) qui chante aussi en duo sur le disque La chasse à l'enfant, classique de cette période évoquant l'univers du film L'Age d'or de Luis Bunuel tout conmme Adrien ou l'on tue des chiens pour "passer le temps"...
Dans un réalisme aussi abrupt, on y parle (Etranges étrangers déjà mis en musique avec un autre compositeur par Magali Noël en 1991) des kabyles exploités d'Aubervilliers ou des bidonvilles de Nanterre, de l'absurdité de la vie humaine aliénée par des valeurs imbéciles comme le travail (vie de famille),que des textes qui résonnent de de maniere très actuelle dans la Sarkozie où nous vivons...
Grâce à cette interprétation, Prévert n'a rien perdu de sa subversion dès l'intro du spectacle : les roulements de tambour et les crissements de cordes de Maintenant j'ai grandi installent tout de suite la couleur du spectacle.
Tout son corps s'approprie tellement bien ses mots qu'on les croirait écrits pour lui ; d'ailleurs on n'est pas surpris d' apprendre que Pierre Philippe, longtemps auteur attitré de Jean Guidoni, s'était inspiré des Bruits de la nuit ou Elle disait, créées dans ce disque pour écrire Crime passionnel, notamment le texte La machine à souffrir. Aussi,quand Jean se décide, selon l'accueil du public, à reprendre certains soirs en rappel supplémentaire Il y a ou Djemila, on oublie qu'on a quitté le repertoire de Prévert car les deux univers se marient très bien.
La seule chanson connue est celle qu'il avait chantée pour la reprise du ballet de Roland Petit, Le rendez-vous (celui pour lequel kosma a créé la musique des Feuilles mortes en 1946) : Les enfants qui s'aiment, en 1992, mais il chante à sa façon avec la meme froideur distanciée que les autres textes, sans pathos.
Les éclairages magnifiques achèvent de faire de ce spectacle une réussite totale, espérons que le nom de Prévert sera un passeport qui ouvrira enfin à Guidoni les portes des théâtres de province qui lui ont été trop longtemps fermés, à cause d'un repertoire jugé trop exigeant,et révèleront une face trop méconnue d'un poéte trop longtemps réduit aux clichés type "t'as de beaux yeux tu sais" pour occulter ce qu'il avait de plus dérangeant en lui...
(c) Textes : Laurent ADUSO, 23 décembre 2009
Tous les Crédits photographiques : Stanislas Fonlupt et Géraldine Joigneault